mardi 20 février 2018

Les Escales de Nad' et du Bison : Mexique

Lieu : Mexico, Mexique
Lever du soleil : 7h01  | Coucher du soleil : 18h38
Décalage horaire : - 7h
Météo : 21°. Beau temps peu nuageux. Vent faible
Latitude : 19.432608 | Longitude : -99.133208
Musique : Calexico, Crystal Frontier
Un Verre au Comptoir : Mezcal, avec le ver


 


Une odeur de soufre, un parfum de chair putréfiée. Je n’ose pas rentrer dans la pièce. J’ai rêvé d’une détonation cette nuit. Il s’est fait sauter le caisson, pressentiment sauvage, le bison de la nuit me l’a murmuré à l’oreille, comme d’autres susurrent à l’oreille des chevaux ou d’une brune dans le coït bestial. Tu n’échapperas pas à cette voix, ni toi, ni moi, le bison rode, et tu vois cette mare de sang, le corps gluant et puant de ton ami gisant sur le lino virant du blanc-poussière ou sombre-carmin. Sombre karma que cette nuit.

« Tu n’échapperas pas au bison de la nuit. »


jeudi 8 février 2018

L'Assassinat des Initiales Célèbres

L’histoire démarre en Colombie-Britannique. Le cul assis sur une souche, je me prends à regarder les pins et quelques érables pliés sous le vent. La neige tombe, la neige s’envole, mes espérances aussi. Des espoirs qui ont abandonnés toute une génération, aussi soudainement qu’un éclair venu fendre le ciel étoilé, aussi brutalement qu’une balle venue fracasser la tête d’une étoile, des morceaux de cervelle blanche, des éclaboussures de sang rouge de son mari ayant tâché la robe rose d'une brune prénommée Jackie.

Un professeur d’histoire se retrouve confronter à la grande Histoire, celle des Kennedy, à l’histoire de ces parents, morts successivement en 67 et 68. Il a 14 ans à l’époque. O’Dugain, l’auteur s’amuse avec son nom et avec les racines de son protagoniste. Des années après ce double drame, il replonge, dans le cadre d’une thèse, dans cette époque des années 60, où l’on assista à la mort d’un président, à la mort d’un futur-président, à une guerre au Vietnam, une presque-guerre avec Cuba, et une bande de hippies fleurs bleues sous LSD qui déchanteront rapidement avec la fin de la décennie, fin d’une utopie. Le tout orchestré par des manipulations diverses, aussi bien de la mafia, du FBI que de la CIA. De quoi donner la foi en la politique, mais rien de surprenant vue la qualité des pantins récents qui se sont succédés à la Maison Blanche. Blanche comme la neige d’un hiver en Colombie-Britannique.

mardi 6 février 2018

Hôtel Ambassador, 5 juin 1968

Il est dit que chaque américain se souvient précisément où il était et ce qu’il faisait le 22 novembre 1963, à part peut-être George Bush. Cinq années ont passé, mais la politique n’a pas changé. A l’Hôtel Ambassador, c’est le soir du grand bal, celui de la réception du sénateur Bobby Kennedy, candidat aux primaires de Californie, pour le dépouillement des premiers votes et probablement la marche vers  l’investiture royale, celle du trône de la Maison Blanche. Là encore, une date mémorable ce 5 juin 1968 qui marqua la vie de nombreux militants et américains qui voulaient justement une Amérique qui change, une Amérique plus juste. Bobby promettait la fin du Viet-Nam, des mesures plus sociales, la voix aux minorités. Malgré la richesse de son nom, il est le seul homme à vouloir redistribuer les rôles et les richesses. Mais voilà, comme chacun sait, Bobby s’est fait descendre ce soir-là à l’Hôtel Ambassador. On ne fait pas bouger l’Amérique sans en payer le prix.

« J'étais au maquillage, dans un studio de Londres, lorsqu'on m'apprit son assassinat. Je me suis dit que le monde était devenu fou. En l'espace de quelques années, on avait tué JFK, Malcolm X, Martin Luther King, et maintenant Robert Kennedy. J'ai eu le sentiment que tout fichait le camp. C'était hélas vrai. »
— Anthony Hopkins

« J'avais travaillé pour lui et l'avais côtoyé durant pas mal de temps. Cette nuit du 4 juin a changé à jamais le cours de l'Histoire, pas seulement pour notre pays, mais pour le monde entier. »
— Harry Belafonte

vendredi 2 février 2018

Dans les Reflets de la Neckar

« Je ne puis me rappeler exactement le jour où je décidai qu’il fallait que Conrad devînt mon ami, mais je ne doute pas qu’il le deviendrait. Jusqu’à son arrivée, j’avais été sans ami. Il n’y avait pas, dans ma classe, un seul garçon qui répondît à mon romanesque idéal de l’amitié, pas un seul que j’admirais réellement, pour qui j’aurais volontiers donné ma vie et qui eût compris mon exigence d’une confiance, d’une abnégation et d’un loyalisme absolus. »

Avant de me plonger dans les premières lignes de ce petit livre, je l’imagine déjà comme l’une des belles histoires d’amitié de la littérature. Hans et Conrad, deux amis fidèles pour la vie. Hans Schwarz est juif, mais bon peu importe, vit dans un univers plutôt bourgeois. A 16 ans, au lycée Karl Alexander Gymnasium de Stuttgart, il ne brille pas plus que ses camarades, mais se fait remarquer par sa solitude. Si les autres le méprisent par moment, il n’en fait guère une affaire personnelle et laisse couler les guerres personnelles comme l’eau de la Neckar qui traverse majestueusement la ville.

Un matin comme tous les autres, ou presque, le soleil plonge la ville dans les reflets de sa Neckar. Ce matin, un nouvel élève entre en scène, Conrad Graf von Hohenfels, une tête d’un blond princier, la noblesse dans ses vêtements et dans son maintien. Une cour s’affaire autour de lui à la cour de récréation, mais il n’en semble guère touché par ses marques de fausses attentions, conscient de son statut familial et de la noblesse de son sang.

jeudi 25 janvier 2018

Concerto pour piano N°2

J’assiste au premier concert du jeune prodige Aksel Vinding à la Philharmonie d’Oslo. Un triomphe, les applaudissements n’en finissent pas, la tension se relâche, le public est ému, j’aurai les larmes aux yeux. Quelques années après, « la société des jeunes pianistes », la musique reste en moi, comme une pensée continue qui se fond dans mon rythme intérieur. Je ne me souviens plus de ce qu’il a joué, lors de ce premier concours-récital. J’ai loupé sa création intime de « la rivière », comme un appel au secours – mais peu importe, je raccroche facilement à la suite de l’histoire, troisième volume. Chaque grand moment musical semble coïncider avec un grand déchirement personnel. Anja Skoog, son grand amour s’est donné la mort au premier épisode. Il se relèvera auprès de Marianne, la mère d’Anja, qu’il épousera.

Me voici donc à Oslo, ce nouveau concert, cette fugue d’hiver qui se joue, pendant que dans la maison Skoog, Marianne se donne elle aussi la mort. L’envie de tout plaquer, de se retirer de ce milieu, ce monde, pourquoi pas tout au nord de cette Norvège, là-bas près de la frontière russe, alors que sa maison de disque lui promet un grand avenir, des tournées européennes, jouer à Vienne… S’isoler du monde, avec une bouteille de vodka. Plusieurs même. J’aime quand la littérature déploie des bouteilles de vodka glacée sans compter, que les verres s’enchainent, la tempête se déchaine, le blizzard, fuck le blizzard, des rennes traversent la route enneigée, j’hallucine, le majeur se congèle, comment bien jouer après au piano…

« Je vais dîner seul dans le restaurant de l’hôtel et boire en silence, jusqu’à en tomber dans les pommes. Je poursuivrai de longues conversations avec Rachmaninov dans lesquelles je lui demanderai pourquoi l’âme russe est si violente dans son expression. »