mardi 25 avril 2017

Haïkus d'ivrognes

« Hommage au poète de haïku japonais Issa

Au Japon saoul dans un
Bar
Ça
Va »

Les néons s’illuminent de toute part, Tokyo s'ouvre à moi. Où mon regard se porte, il voit clignoter des lumières de toutes les couleurs, je lève la tête, à gauche, à droite, elles sont partout, rouges, vertes, violettes, toutes aguicheuses pour me faire rentrer dans tous ces bars de solitaires. Seul au comptoir, je m’installe, commande un premier Johnnie Walker Black Label, sort mon petit « Journal Japonais », grand livre du maître incontesté du haïku version américaine. Je ne résiste pas à lire celui-ci, à voix haute, le verre haut, les glaçons qui tintent comme la cloche du temple d’à-côté, ce haïku parfumé à la fraise : 

« Haïku à la fraise

. . . . .
. . . . . . .
Les douze baies rouges »



La claque que je prends à chaque fois que je le lis. Le génie qu’il était cet homme du Montana venu se perdre – ou se trouver – au Japon. Il boit un verre, lui aussi, seul dans ce bar. Je l’accompagne. Fidèlement. Sur ses traces. Il griffonne sur son carnet, le verre toujours à la main, son journal intime, ses inspirations divines. Je n’ose le déranger, seul sur son tabouret, le teint jauni par cette lumière artificielle. De toute façon, l’on s’enferme dans ces bars pour leur solitude, et la solitude d’un poète cela se respecte. Comme la solitude d’un ivrogne.

samedi 22 avril 2017

Fragrances

Je me souviens d’une pièce vue il y a deux ans qui m’avait fortement marqué. Elle était écrite par Philippe Besson, donc forcément cela me marque. « Un Tango Au Bord De La Mer ». Je l’avais découvert presque par hasard sur une chronique 22H05 Rue des Dames. Depuis, avant de prendre un billet de théâtre, je regarde toujours, l’avis éclairé de Noctenbule, grande spécialiste du théâtre en tout genre et plus particulièrement contemporain. Au théâtre ce soir se joue « Darius ».

Bon, pour le dire franchement, je ne suis pas un grand admirateur de Clémentine Célarié. Je n’ai rien contre, mais ses (télé)films ne rentrent que rarement dans mes goûts de spectateur. Mais je décide d’y aller quand même. Avec même un certain entrain, sans appréhension aucune. Après tout, j’ai toute confiance en ce choix.

Le fils de Claire est le fil conducteur de la pièce. Il n’apparait pas, mais il est là, dans le texte, dans les souvenirs, dans les larmes – j’y reviendrai aux larmes. Il est atteint d’une maladie dégénérative qui petit à petit le prive de tous ses sens. Il ne lui reste encore plus que l’odorat… Claire – Clémentine Célarié, donc – envoie une lettre à Paul – Pierre Cassignard que je ne connaissais pas - un parfumeur qui s’est retiré du milieu. Elle veut qu’il lui crée les parfums du souvenir de son fils. Parce qu’avec l’odorat, la mémoire est la seule chose qui reste à son fils. Un défi pour celui qui a arrêté de créer depuis la mort de sa femme. Juste par l’odeur, elle espère que son fils se souviendra des beaux moments qu’il a vécus avant que la lumière ne s’éteigne sur sa vie.

Mais comment capter certaines odeurs du souvenir. Comment composer des parfums aves les fragrances « Rochefort sous la pluie », « Métro parisien » - là j’ai une idée sur l’odeur ressentie -, « Rome » ou « Chiara » - la prostituée hollandaise que Claire a rencontré pour qu’elle s’occupe de son fils déjà handicapé…

mercredi 19 avril 2017

Une Histoire de Cœur

Le soleil n’est pas encore levé lorsque le réveil de Simon affiche ses chiffres vert luminescents 5:50. Il a tout juste 19 ans et ne vit que pour sa passion, le surf. Un van avec des autocollants de filles en bikini, deux potes même passion, un disque de Nirvana dans l’autoradio, oublier les fumées du pétard de la veille, prendre la vague même avec une eau ne dépassant pas les 10°. Le froid, l’engourdissement des doigts, il est temps de rentrer se coucher de nouveau. Remonter dans le van, les yeux encore dans le rêve, le sommeil dans la tête, et Simon à l’avant entre ses deux potes. La place sans ceinture. Simon passe par le pare-brise, urgences et coma irréversible.

Simon est vivant, son cœur bat encore. Comment le déclarer mort ? Comment admettre l’impensable, l’imaginable pour un parent, voir son fils mort… Mais puisque son cœur bat encore !! Je vois bien les impulsions sinusoïdales sur l’écran de contrôle… Admettre la situation et penser à la suite.

La suite c’est faire le deuil d’un fils disparu. Mais avant…

« Enterrer les morts et réparer les vivants. »

mardi 18 avril 2017

El Hombre llamado Paco

Retour sur le dernier scandale politique de l'Espagne contemporaine. Le chef de la toute puissante Garde Civile, Luis Roldán, serait suspecté d'avoir détourné quelques millions d'euros. (et le plus étonnant, c'est qu'il risque d'être inquiété par la justice, c'est pas dans notre pays que ça arriverait, mais bref, passons, ce n'est pas le sujet du film). Ce film retrace comment ce dernier s'enfuit d'Espagne, avant d'être rattrapé mystérieusement dans un aéroport de Bangkok... Mais par le biais du personnage énigmatique Francisco Paesa dit « Paco ».

Étrange individu, ce Paco. Dans le genre ex-espion, magouilleur, fraudeur, vendeur d'armes. Il traficote avec l'ETA, avec le GAL, avec tout ce qui peut lui rapporter quelques pesetas non déclarées. Second film d'Alberto Rodriguez, après l'excellent thriller andalou « La Isla Minima » que je regarde, cet « homme aux mille visages » mélange les genres, le biopic sur fond de thriller et de malversations financières. Les scènes s’enchaînent, rythmes effrénés qui défilent sur l'écran. Trop rapide même, si bien que le début me parut compliqué. Une masse d'informations dans laquelle il fut difficile de savoir laquelle serait vraiment pertinente, laquelle devrait retenir mon attention... La musique pêchue accentue cette course en avant, la tête me tourne, le GAL, l'ETA, des armes, et ce type PACO. Qui est-il vraiment ?

lundi 17 avril 2017

Ce village paisible de My Lai, un massacre

Il devait l'emporter. C'était couru d'avance. Tous les sondages le donnaient grand gagnant des prochaines élections sénatoriales. Une formalité même que de passer devant les urnes. Des années qu'il s'était consacré à cet avenir, la politique était devenu sa raison de vivre. Son obsession, même. C'était pourtant sans compter sur l'acharnement médiatique qu'il subit une semaine avant les élections.

La nuit est arrivée, les votes ont été dépouillés. Pas besoin de recompter. Une grosse claque. Une humiliation même. Prendre en compte ce cuisant échec : il n'a plus qu'à se retirer. De la vie politique. De la vie même. Mais comment en est-il arrivé là. A ce point. Aussi bas. Aussi méprisant. Et sa femme qui s'efface deux jours après. Étrange disparition. Dispute ? Fuite ? Pire...

Les médias s'emballent, la vérité devait sortir. Mais de quoi était-il question ? Emplois fictifs, costumes fictifs, j'ai piqué un peu dans la caisse, des emprunts sans intérêt juste pour le fun de prêter de l'argent ? Non, il faut regarder derrière soi, déterrer quelques cadavres et soulever les immondices du Vietnam. Lui, celui qu'on appelait Sorcier... Et regarder les mouches.

« Quelque chose clochait. La lumière du soleil ou l'air matinal. Tout autour de lui, c'était un feu de mitrailleuse, un vent de mitraille, et ce vent semblait le soulever et le jeter de place en place. Il trouva une jeune femme éventrée, sans poitrine ni poumons. Il trouva du bétail mort. Il y avait des feux aussi. Les arbres brûlaient, et les huttes et les nuages. Sorcier ne savait pas où tirer. Il ne savait pas sur quoi tirer. Alors il tira sur les arbres en flammes et les huttes en flammes. Il tira sur les haies. Il tira sur la fumée, qui répondit, et il se réfugia derrière un tas de pierres. Si une chose bougeait, il tirait dessus. Si une chose ne bougeait pas, il tirait dessus. Il n'y avait pas d'ennemi sur qui tirer, rien en vue, alors il tirait sans cible et sans désir, sinon celui de faire passer cette matinée horrible. »