jeudi 13 juillet 2017

Lady Oscar


« - Tiens.
- Encore toé…
- Tiens.
- C’é quoi ça ?
- Un livre.
- Un cadeau ?
- Mais non, franchement, c’est juste un livre ?
- Ah. J’en veux pas. Je lis pas.
- Pourquoi ?
- Parce que j’haïs ça.
- Pourquoi t’haïs ça ?
- T’aurais dû m’amener de la bière, une bonne ‘tite bière frette. »

L’histoire commence comme ça. Un vieux, un peu grincheux, un peu solitaire, assis sur sa chaise rouillée sur sa terrasse. Il regarde la rue, n’en a rien à foutre, observe en silence, une ‘tite bière frette à la main. Il n’a jamais regardé un épisode de Lady Oscar. Tout ce qui l’intéresse, lui, c’est sa bière, un Don de Dieu, et la bonne température de sa bière. Il attend juste que la mort vienne le chercher, avec sa bière frette. Et il espère qu’elle viendra rapidement.

- Dis, c’est quoi un sandwich à la crème glacée ?

Et pis, y’a Hélène qui veut qu’on l’appelle Joe. Un prénom masculin pour faire comme Lady Oscar du temps de la splendeur de Versailles. Elle ne rate pas un épisode de ce manga japonais et se rejoue dans sa tête et dans sa vie les scénarii, les dangers et les actes de courage de cette lady élevée comme un garçon. Lady Oscar, c’est son initiation à la vie.

Entre ces deux-là, une certaine connivence va s’installer. Ils vont s’apprivoiser. Ils vont apprendre à se connaître. Il faudra quelques temps pour qu’ils s’apprécient vraiment, mais une fois l’amitié scellée, cela sera un bonheur de les voir converser. Elle n’a que huit ans, même si elle déclare en avoir dix. Elle rêve d’exploits assez dignes pour sauver Marie-Antoinette des malversations de son entourage. Sauf qu’elle doit se contenter de livrer des journaux ou de servir des bières frettes dans une salle de bingo. Il n’attend plus rien de la vie, si ce n’est qu’elle lui foutte la paix (la vie) en s’évadant rapidement de son corps déjà froid (tiens, une douleur dans le bras gauche, sueurs et palpitations, serait-ce le bon moment).

« - En tout cas… ce serait fun si t’arrêtais de vouloir crevé.
- Pis toé de jouer au p’tit gars manqué. »



La mère de Joe est très occupée de par ses activité, elle ne plaisante pas à la maison, discipline discipline, un point c’é toute. Son père, finalement peu présent, est occupé à être triste et malheureux. Joe se retrouve donc souvent livrée à elle-même, entre petits boulots contraignants et éreintants, juste pour gagner quelques piastres et aider sa famille à vivre mieux dans ce quartier populaire et ouvrier.

Le vieux Roger se dit vieux, se dit prêt à mourir, mais en attendant est toujours présent pour aider Joe ou sa famille, toujours là pour un bon conseil, un coup de main, ou une épaule sur laquelle Joe pourra épancher ses rêves ou son spleen. Je l’aime bien ce Roger, je sens qu’il me ressemble, en plus il est fort en sacrement, il me fait sourire, cet ours mal léché qui au fond a bon fond.

« … maudit Saint-Cibolaque d’ost… de christie de Viarge de Saint-Sacra… »

Connivence, j’ai déjà dit. Amitié solide, épaules partagées. Quelle tendresse à les voir se quereller gentiment ou rire gaiement, ou regarder les étoiles et la lune en dégustant un sandwich à la crème glacée (alors oui, si tu es comme moi, tu te demandes ce qu’est un sandwich à la crème glacée ; parce que non avant ce roman je ne savais pas ce qu’était un sandwich à la crème glacée, pourquoi pas deux tranches de pain avec une glace à l’intérieur…les québécois ont parfois de drôles d’idées)

« - Tu me niaises-tu, toé là ? »

Hélène est un tout petit bout de femme pas encore femme mais qui grandit trop vite pour pouvoir aider toute sa famille. Roger est cet homme qui aurait pu devenir aigri et acariâtre en attendant la mort si son chemin n’avait pas croisé celui de Joe. Et entre les deux et une plume tout en douceur, en gentils jurons et en franc parler du Québec, ce petit roman est une petite douceur d’émotion et de bons sentiments.

- Putain que ça a l’air bon un sandwich à la crème glacée…

Pendant ce temps-là, Nadine amarrée aux mots et les joes au vent s’en est allée au dépanneur pour me ramener une caisse de bières, frette la bière…

Et je crois qu’à la fin de ma bière frette, ce Don de Dieu, je me souviendrais longtemps de leur histoire et de ce maudit Saint-Cibolaque d’ostie de christie de Viarge de Saint-Sacrament. Toute la poésie du monde québécois en un juron, comme des marshmallows au sirop d’érable crépitant sur un pic autour d’un feu de camp, une mélodie de Roch Voisine crépitant du poste de radio. 
Ce roman, 50 % sirop d'érable, 50 % joual !

« La Petite Et Le Vieux », Marie-Renée Lavoie.


9 commentaires:

  1. Ah ces deux-là je les ai ADORÉS avec leurs conversations!!! J’me suis bien doutée que tu l’aimerais ce Roger :D))
    Moi les ours mal léchés j’les aime trop!
    Joe, « un prénom masculin » mais hautement féminin, surtout quand sont à l’air ^^
    Tu veux-tu une bonne tite bière frette mon Bison, après ta DDD une FDM ou une BDC? (cette semaine le verre est en prime avec une caisse de 12, ça vaut le coup…). Le sandwich à la crème glacée viendra avec les guimauves autour du feu, le cul à l’air à la belle étoile.
    Maudit Saint-Cibolaque d’ostie de Viarge de Saint-Sacrament... frette, ben ben frette la bière...
    Helene, things you do, Make me crazy about you....... Fuck le blizzard! J’prendrais ben un sandwich à la crème glacée moé... :P

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    1. Sûr que cet ours de Roger est si sympathique que j'aurais envie de boire une de ses bières ben frette avec lui... Et pis j'me paierai bien avec un sandwich à la crème glacée avec la petite Hélène tout en regardant les Joes de la voisine à l'air...

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    2. Sacrament...
      La voisine les Joes à l'air et l'cul au vent c'est celle qui pêche des moules? ^^

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    3. Y'a des moules dans la baie du St-Laurent ?

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    4. Y'a des moules d'eau douce dans le St-Laurent, non comestibles, mais si tu veux mon avis, celle d'la voisine, légèrement plus salée, est plus goûteuse et saurait titiller tes fines papilles..... ^^

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  2. Après Anna Gavalda, Roch Voisine !!...
    Tu m'inquiètes Le Bison, tu m'inquiètes... Tu vas mal tourner, je le sens, tu vas nous finir addict au lait fraise...
    Bon ceci dit, moi, quand j'irai au Québec, je veux ABSOLUMENT goûter un sandwich à la crème glacée !!! ;)

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    1. Faut vite que je sortes un bouquin de cul. Ca tombe bien, j'ai des histoires de culs québécoises... Je devrais éviter le lait fraise avec ce genre de délires nus...

      Quand t'iras au Québec, tu me ramèneras aussi un sandwich à la crème glacée ?

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    2. Des histoires de culs québécoises... ptdrrrrrrrrrr tu veux dire de celles qui répondent aux grandes questions existentielles du genre... Pourquoi c'est mouillé??? ^^

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    3. J'espère que dans ces "nus", je trouverai la réponse à cette question, l’énigme d'une vie :-)

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